bannecrete.jpg

Les livres de voyage et les romans de Niko Kazantzakis

Crétois, même mort

La dernière tentation, roman de Kazantzakis Nikos Kazantzakis est né à Héraklion, en Crète, le 18 février 1883. La Crète est sous la domination des turques. Ce grand penseur En octobre 1907, part pour Paris, où il poursuit ses études de droit, suivant les cours du philosophe. Il se familiarise avec les idées de Nietzsche et travaille à sa thèse, étudie les théories de Freud, adhère au marxisme et au bouddhisme.

Nommé directeur général au ministère de l’Assistance Publique, il œuvre au rapatriement des Grecs du Caucase. 1923, il voyage à travers l’Allemagne et visite la ville natale de Nietzsche. Début 1924, il sillonne l’Italie. En juillet 1924, il se rend en Crète tout en étudiant Homère, Goethe et Eschyle.

Départ vers l'Europe

L’été 1946, Kazantzakis part pour l’Europe, définitivement. Il séjourne un moment en Angleterre, invité par le British Council. Il est envoyé comme correspondant dans diverses régions du monde, notamment durant la guerre d’Espagne, pour le quotidien Kathimerini.

Zorba est né

Zorba, un des plus populaires romans de KazantzakisZorba, naît de la plume de Kazantzakis en 1948, il est désormais immortalisé. par le cinéaste Cacoyiannis et le compositeur Mikis Theodorakis, autre grand nom de la culture crétoise.

Theodorakis a composé la musique du film, Zorba le Grec, faisant danser Anthony Quinn aux sons du bouzouki. Le sirtaki, alias danse de Zorba, n'est en fait qu'une création de Hollywood. La danse d'Anthony est une simplification du hasapiko. Ceci ne va pas empêcher le film de recueillir un grand succès, il fut nominé sept fois et reçut deux Oscars en 1964.

Toute sa vie, Kazantzakis est resté très attaché à sa Crète natale. Ces romans le prouvent, comme par exemple : La Liberté ou la mort (1953). Il a rappelé aux monde littéraire, que « la Crète rayonnait déjà, alors que l’Europe toute entière était encore ténébreuse ».

Un roman contesté

Un roman controversé de Kazantzakis est écrit en 1954 : « Le Christ recrucifié ». Grâce à Jules Dassin, cet ouvrage sortira dans les salles noires de notre planète en 1956, sous le titre de : « Celui qui doit mourir ». Parmi les interprètes de cette production, la dissidente : Mélina Mercouri et de grands acteurs français comme : Jean Servais et Fernand Ledoux. Jules Dassin en adoptant l’œuvre de Nikos Kazantzakis, voulait s’attaquer de front à l’intégrisme, aux intolérants, à ceux qui cherchent à interdire.

L'Eglise bien pensante réagit

L’actualité vient d’apprendre au monde civilisé que l’Eglise Grecque Orthodoxe veut excommunier Kazantzakis, son livre « La dernière tentation du Christ » étant jugé offensant et qualifié de sacrilège. Mais Kazantzakis est soutenu par une partie de l’opinion publique grecque et internationale. Ses romans « Alexis Zorba » et « Le Christ recrucifié» sont traduits et s’internationalisent.

Un être diabolisé

Cet homme qui a exercé à diverses reprises des fonctions officielles en Grèce, notamment en organisant le rapatriement des centaines de milliers de réfugiés suite à la révolution russe de 1917 et au démantèlement de l’Empire ottoman en 1922.
Celui qui, lors des Guerres balkaniques, fut affecté au secrétariat particulier du premier ministre, celui qui, durant l’été 1945, parcourra la Crète y recensant les abus commis par l'armée allemande.
Celui qui fut nommé conseiller littéraire de l’Unesco, qui a traduit Dante, Cocteau, Shakespeare, Pirandello, Goethe. Celui qui a écrit, entre autres : La lettre au Greco, Le Pauvre d’Assise, Le Lys et le serpent, Ascèse, le Jardin des Rochers, Les Frères ennemis, Alexis Zorba, Voyage en Russie, se voyait donc, diabolisé.

Il publie son parcours

Son Odyssée, l’aventure d’Ulysse qui se poursuit, c’est-à-dire sa propre aventure, et celle de l’homme moderne, à travers un voyage qui va d’Ithaque au Pôle sud, en passant par Sparte, la Crète et l’Afrique. Cette œuvre maîtresse, est traduite en anglais et en français. A sa sortie, l’ouvrage avait suscité de nouveau et encore, des réactions vives parmi les milieux ecclésiastiques qui exigeaient des poursuites judiciaires !

Un homme libre

Kazantzakis est diminué physiquement. Affaibli, il contracte la grippe asiatique qui lui sera fatale. Il s’éteint le 26 octobre 1957 à Fribourg, à l’âge de 74 ans. Sa dépouille reviendra dans sa ville natale, Héraklion, il y sera enterré sans cérémonie religieuse sur le bastion Martinengo. Une croix rudimentaire en bois, rappelle sa présence. Y est gravé, une de ses citations : Je n’espère rien, je n’ai peur de rien, je suis libre.

Les remous causés par "La Dernière Tentation du Christ"

Le cinéaste ScorseseTrente années plus tard La Dernière Tentation du Christ, le roman qui aura crée tant de remous, qui a maudit Kazantzakis, va faire le tour de la planète et ce grâce au grand cinéaste qui est Scorsese. La culpabilité, la tentation, la quête de spiritualité, la mort hantent les créations de ce réalisateur talentueux.

Il nous présente le plus connu des charpentiers troublé par ses propres démons, lui qui fabrique des croix pour les Romains. Il va s’aventurer, céder à ses tentations et vivre une simple vie d’homme, mourir sur la croix et dans le doute.

Peu de choses ont changé

Ce long métrage, son producteur va insister, ne revisitait pas la lecture des Evangiles, il était une interprétation du roman de Kazantzakis. Cette mise au point ne satisfait pas les extrémistes religieux. Une salle de cinéma est incendiée en France. Un jugement du tribunal civil rejetant les demandes d’interdiction réclamées par diverses associations religieuses déclencha des manifestations d’indignation dans tout le pays. Les faits se déroulaient en 1988.

Peu de choses ont changé ! Aujourd'hui, l'intolérance est-elle vaincue ? Parmi les nombreuses citations de Kazantzakis, voici celle qui, selon moi, dépeint fidèlement ce grand philosophe :
Mes doigts, quand j’écris, ne se tachent pas d’encre, mais de sang. Je crois n’être que ceci : une âme qui ne se prosterne pas.

Fière de ses écrivains

La Grèce contemporaine est fière de ses grands écrivains, qui sont Séféris, Elytis et Ritsos, ceux qui ont assuré l'audience internationale de la poésie grecque du XXème. Durant ces années, d'autres talents méconnus s'expriment à l'intérieur des frontières.

Odysseus Elytis vit le jour à Héraklion le 2 novembre 1911, à l’âge de 24 ans, il publia son premier recueil de poésie. Fuyant la guerre civile qui ravagait son pays il s’installa en 1948 à Paris, retourna en Grèce en 1953. Est publié en 1959 “Axion Esti” (le loué soit) qui remporte le prix national de poésie l'année suivante. Mikis Theodorakis mettra ces vers en musique, aujourd'hui traduits en français. Son roman, Marie des brumes, paraît en 1978. En 1979, il reçoit le prix Nobel. Le 18 mars 1996, il meurt, terrassé par une crise cardiaque.

Georges Séféris, autre grand écrivain, fut le premier Grec à recevoir le prix Nobel, en 1963. Seféris écrira dans la langue populaire, le démotique. S’identifiant à Ulysse, pour lui, l'errance est connaissance et aventure. Il en serait de même aujourd’hui, rien n’aurait changé, d'après lui, à travers les siècles.


Retour à "Culture"


Retour à la page d'Accueil