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Miki Theodorakis

Miki Theodorakis est né sur l’île de Chios. Son père était originaire de Galata en Crète. Son parcours exceptionnel en fait aujourd’hui un symbole de patriotisme dans son pays.

Miki, le mauvais communiste a connu la prison et l’exil

Theodorakis est considéré comme un héros en Grèce Durant la deuxième guerre mondiale, il entra dans la clandestinité, il fut membre de l'Organisation du Front National de Libération et milita dans la Résistance. Durant la guerre civile, Il fut déporté en 1947 dans l'île d'Icarie, car le parti communiste grec était mis hors la loi, Theodorakis fut transféré l'année suivante à Makronissos, petite île de l’archipel des Cyclades.

Makronissos, l'île maudite

C’est là, loin de tout, que seront astreints à des travaux forcés des milliers de grecs qui combattirent le nazisme mais qui eurent le grand tort d’être de gauche, de soutenir l’idéologie communiste durant ces premières années de la guerre froide. Makronissos fut un lieu implacable et maudit. Près de 100.000 dissidents, des hommes de gauche, des artistes, des journalistes, des intellectuels dérangeants, femmes et enfants, vont y passer, y endurer le pire. La souffrance y était omniprésente.

Mélina Mercouri durant son mandat de Ministre de la Culture a voulu sauvegarder le site. Les bâtiments du camp existent encore aujourd'hui. Le site est protégé par un décret depuis 1995, mais bien peu respecté.

l'affreuse guerre civile s'achève

Le 16 octobre 1949,  l’affreuse guerre civile qui ensanglanta la Grèce s'achève.

En 1950 Theodorakis s’installe à Chania, en Crète

Il y forme son premier orchestre et dirige l’École de musique. Quatre années plus tard, il partira pour Paris en compagnie de son épouse, il y restera cinq années. En 1957, il remporte la médaille d’or au festival de musique de Moscou.

Theodorakis, homme politique

Après l’assassinat de Lambrakis en mai 63, il va créer un parti nommé : les jeunes Lambrakis démocrates, il en sera le président. En 1964, il est élu dans la deuxième circonscription du Pirée. Yiorgos Papandreou devient le chef du gouvernement centriste, mais le vrai pouvoir se trouve déjà entre les mains de l’armée qui contrôle la vie parlementaire et politique du pays. Le parti communiste reste interdit, l’amnistie n’est pas envisagée et le traitement infligé aux anciens résistants est discriminatoire. Le premier janvier 1965, lors du discours traditionnel du nouvel an, le roi Constantin II, rend les activistes communistes responsables de l’agitation qui ébranle le pays. La musique de Theodorakis est interdite à la radio. Détenir des disques, des cassettes qui contiennent ses œuvres, les écouter est interdit. L’emprisonnement est assuré en cas d’insoumission.

Le général Gizikis et les colonels de la junte En 1967 les Colonels prennent le ouvertement le pouvoir

Theodorakis entre dans la clandestinité

La photo montre le général Gizikis, entouré des colonels de la junte.

Les premières arrestations parmi les hommes et les femmes de gauche, les communistes, les syndicalistes ont lieu. Arrestations, déportations, disparitions, assassinats vont se perpétrer durant sept longues années. L’Amérique soutient ouvertement ce régime répressif, qui lui permet d’installer des bases militaires dans le pays. Les arrestations se multiplient, les malheureux sont parqués comme à l'époque sombre du nazisme sur des terrains de sport avant d’être déportés vers des lieux inconnus.
Ces destinations ont aujourd’hui un nom : l’île du Diable à Yaros qui est située entre Kéa et Tinos. L’île de Léros, située entre Patmos et Kalymnos dans le Dodécanèse. D’autres îles furent des lieux de relégation pour les femmes et les enfants. N’oublions jamais que ces îles aux plages avenantes furent des lieux de calamité où la souffrance était banalisée.

Theodorakis est arrêté

Theodorakis de son terrier, appelle à la résistance. Au mois d’août, il est arrêté. Il sera en octobre 69 transféré au pénitencier d’Oropos. La presse internationale se mobilise, des comités de soutien font pression, des artistes de renom se mobilisent jusqu’en Amérique, parmi ces derniers, Arthur Miller et Harry Belafonte. Cette forte mobilisation dérange les colonels. Theodorakis est libéré, il doit partir, quitter le pays.

Theodorakis en exil

Theodorakis rejoindra Paris le 13 April 1970. A son arrivée à l’aéroport du Bourget, l’attend Costa Gravas le réalisateur du film Z, qui retrace l’histoire et l’assassinat du militant communiste Lambrakis. Ce film sera consacré et recevra deux oscars. L’y attendent également, le cinéaste Jules Dassin et son épouse, Mélina Mercouri. Cette dissidente est désormais déchue de sa nationalité grecque par la junte militaire. Installé à Paris, Theodorakis y poursuivra la lutte et assume la présidence du Front Patriotique.

1974 marquera un tournant dans l’Histoire de la Grèce.

C’est l’année du coup d’État manqué à Chypre, de l’invasion du nord de l’île par les forces turques. Le régime des colonels en sortira très affaibli car l'Amérique ne les soutient plus. Les responsables de la junte décideront de prendre du recul et d’instaurer un gouvernement civil.

Pour ce faire, Karamanlis qui est en exil est invité à revenir libre au pays. Konstantinos Karamanlis rentre à Athènes à bord de l'avion présidentiel français prêté par Giscard d’Estaing. Theodorakis arrive le lendemain, il est accueilli à Athènes par une foule en liesse. Trois mois plus tard, au mois d’octobre, Theodorakis y organisera son premier concert.

Le retour des dissidents

Theodorakis en fin de carrière, acceptera la direction des orchestres et des chœurs de la Radio Grecque ERT de 1993 à 1995. Puis, il va se retirer de la vie publique. En 2005, il reçoit le Prix musical de l'UNESCO.

Theodorakis est connu pour son antisémitisme et son antiaméricanisme. Régulièrement, il ose des déclarations qui ne passent pas inaperçues.

En 1993, Israël proteste auprès du gouvernement grec, Theodorakis vient d’accuser les Juifs d’être "la racine du mal". Plus près de nous, Theodorakis accusa Washington et le FMI d’être les instigateurs du malheur financier et de la crise qui accablent actuellement son pays. Pour lui, les Américains sont derrière tous les mauvais coups.

Qu’il ait raison ou tort, que l’on épouse ses idées politiques ou non, une chose est indéniable : Miki est un grand artiste ! Sa création prolifique, compte cinq symphonies, cinq opéras, des cantates, des ballets, des œuvres symphoniques, trois grandes partitions de musique liturgique byzantine, une quarantaine de musiques de film et plus de mille chansons. Personne ne peut faire chanter le bouzouki mieux que lui !


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