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Le rôle des Grandes Puissances en Crète

Le Petit Journal, quotidien français, dénonce l'attitude des Grandes Puissances, confrontées au conflit entre la Grèce et la Turquie Ci-dessous, la couverture de 'hebdomadaire français "Le Petit Journal" du 9 mai 1897, qui dénonçait l'attitude des puissances européennes. Lorsque Grecs et Turcs se battaient dans l'indifférence générale. Victor Hugo en personne se mobilisa également pour dénoncer le carnage et pour que les Grandes Puissances se mobilisent.

Toute occupation est contraignante, perçue comme un viol, une atteinte à la liberté. En Crète, de l’occupation Vénitienne, à celle des Turcs, laquelle fut la plus tolérante ?

Difficile de répondre à cette question. Ce que l’on sait, c’est que le Vénitien, ce Latin, vivait parmi les crétois, sans se mélanger à ces étrangers au parler différent. Par contre, dès la première génération, des mariages souvent forcés, eurent lieu sous l’occupation des janissaires, ces derniers, ceux de la seconde génération souvent, ne parlaient que le grec.

La différence entre l’occupant et ses sujets n’était plus que d’ordre religieuse. Musulman, on exploitait; Chrétien, on était exploité. Nombreuses furent les conversions à l’Islam, non pas par conviction religieuse mais pour rendre le quotidien moins amer, moins pénible.

Au lendemain de la révolte crétoise de 1821, les janissaires devinrent plus féroces, le régime se fit plus dur. Le Crétois chrétien devint sujet, taillable et corvéable à merci. Les Musulmans de toute provenance, bénéficiant d’un régime de demi-servage. Les révoltes de 1858, 1866 et 1878, furent toutes réprimées, mais elles furent autant de jalons vers la liberté tant désirée. Un changement majeur s’opéra lorsque Turhan Pacha Përmeti, membre de l’élite albanaise, parfaitement hellénophone et combien indécis fut nommé, par le pouvoir ottoman, gouverneur de la Crète en 1895.

Le 5 février 1897, le quartier chrétien de la Canée s'embrase, une nouvelle insurrection éclate, les Chrétiens des grandes villes sont massacrés. L'Europe capitaliste, elle qui détient des titres et des valeurs ottomans, tremble. L’Europe des généraux redoute l’internationalisation du conflit, elle enverra ses flottes pour bâillonner la révolte des crétois.

Chacun défendait ses intérêts

L’île sera placée sous la surveillance des puissances européennes et restituée au sultan. La Crète n’est plus que misère, depuis deux siècles, aucune route n’y a été entretenue, la plaine de Messara n’est qu'une étendue inexploitée. Durant des siècles, la presse y fut muselée, toute littérature proscrite, toute écriture censurée.

L'Angleterre, tout comme l'Autriche et l'Allemagne ne désirait nullement voir un jour la Crète annexée à la Grèce. l'Angleterre l’ambigüe, la colonialiste, tentait de ménager la susceptibilité du monde musulman, elle voulait regagner sa confiance, car tout se tient dans l’islam et l'Angleterre voulait éviter des troubles en Egypte et pacifier la révolte aux Indes.

La Crète est désormais sous le contrôle de l’Europe, en Grèce, Guillaume de Sonderbourg-Glûcksbourg, fils cadet du roi du Danemark, est sacré roi de la Grèce en 1863. Il occupera le trône sous le nom de Georges I. La Crète sera rattachée un demi siècle plus tard.

La belle Crète, celle de la mythologie, celle des dieux, celle du roi Minos, fut des siècles durant, une terre méconnue, un lieu quasi oublié. Adviendront les croisades, les occupations successives, celle des romains, celle des arabes, puis la vénitiennes, la génoise, l'ottomane. Les Crétois, bergers incomptables, souvent se rebellèrent. À chaque fois en payèrent le prix fort.

Ce ne fut qu’après le Traité de San Stefano, qui en février 1878 mit fin à la guerre que se livraient Russes et Turcs, que l'Empire ottoman sera contraint d'accepter que la question crétoise soit discutée lors de la Conférence de Berlin.

Cette dernière instituera une petite Bulgarie, vassale du Sultan, qui recevra également la Macédoine. Autant de privilèges qui servent à faciliter les pourparlers qui concernent une Crète qui de révolte en révolte endure privations et exactions, voit mourir ses enfants.

Les deux communautés, la Musulmane, la Chrétienne, s’y affrontent régulièrement. Les règlements de compte y sont fréquents et c’est à partir de cette époque que l’usage de la vengeance familiale, dite vendetta, naîtra, se transmettra de génération en génération.

A Sfakia, la révolte se prépare

Dans la vaste plaine crétoise, les villes et les villages étaient les témoins de confrontations fréquentes entre les deux communautés. Le massacre des Arméniens perpétré par les Ottomans au début de l’année 1895, annonce un durcissement du régime turc, mais paradoxalement en Crète, le Pacha gouverne en ces temps la Crète avec mollesse.

Les rebelles de Sfakia, révolutionnaires au cœur intrépide, réfugiés dans les forteresses naturelles que sont les montagnes escarpées et les gorges profondes de la Crète, préparent une nouvelle fois leurs armes.

Une organisation nouvelle se mit en place, revendiqua l'autonomie, elle fera des propositions concrètes pour y parvenir. Toutes rejetées. De la cime des montagnes, les cris des insurgés en mai 1896, invitera la population hellène de l'île de rejoindre la lutte armée.

L'île de la Crète meurtrie

L’insurrection débutera quelques semaines plus tard. Les Ottomans de l'île réagissent sans férir, une guerre à connotation religieuse a commencé. Dans les rues de La Canée, les 23 et 24 Janvier 1897, des dizaines de chrétiens sont massacrés, les quartiers chrétiens sont en flammes. les crétois se battent entre eux, le quartier musulman est incendié à son tour. Les propriétés musulmanes sont dévastées, les propriétés chrétiennes pillées.

Risque d'extension du conflit

La situation des Turcs est désormais compromise, l'Allemagne sera la première à réclamer des mesures énergiques. La Russie orthodoxe se veut neutre, elle proposera de tout faire pour empêcher les affrontements. L'ambassadeur de France, plaidera la cause des Turcs, en ces temps où la Grèce rêve de réunir la Crète, Chypre, les colonies grecques de la mer Noire et de récupérer la Macédoine.

500 hommes de l’armée grecque ont débarqué, ils sont chargés de prendre le contrôle de l’île. Le drapeau grec est hissé à Akrotiri, des volontaires grossissent les rangs, des munitions fournis. C’est l’escalade de la violence.

Les grandes puissances réagissent

Les grandes puissances réagissent à leur façon, décrètent le blocus de l’île et Akrotiri sera bombardé en février! L’événement fait la Une des journaux, Un dessin satirique paraît en première page dans le "Figaro" le 13 Mars, 1897.

Le 17 avril 1897, l'Empire ottoman déclare la guerre à la Grèce. Le conflit prend de l’ampleur, il se terminera par la défaite grecque et le retrait des troupes après la signature d’une armistice, signée le 19 mai. La Crète est déclarée libre, elle est désormais placée sous la protection des grandes puissances européennes mais considérée d'être sous la suzeraineté du Sultan.

La Crète est donc devenue une province autonome de l’Empire ottomane, protégée par les grandes puissances. La liberté, le rêve tant de fois espéré, après des siècles de luttes est proche ! Le rattachement de la Crète à la Grèce aura lieu le 1 décembre 1913.

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