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Visiter Spinalonga, île de souffrance

Pour visiter l’îlot de Spinalonga, toute proche, nous l'accostons à l'aide d'une embarcation vétuste qui la journée durant, fait la navette. Des centaines de touristes visitent l'endroit, le plus populaire selon moi de la Crète, après le palais minoen de Knossos.

Ce lieu damné, stigmatisé, a inspiré la romancière anglaise Victoria Hislop.
The Island écrit en 2005 fut son best-seller. Le roman conte l’histoire d’Alexis, qui en quête de son passé quitte Londres pour la Crète. Elle va y apprendre et découvrir, combien son histoire est accolée à l’île, à ses tourments, à sa souffrance.

Une défense militaire

L'approche de la forteresse est impressionante L’histoire de cet ilot débuta en 1571, lorsque Venise confrontée aux attaques incessantes des Turcs, décide d’y ériger un fort. Le responsable du projet, l’ingénieur militaire Genese Bressani y fit construire par la main-d’œuvre locale une solide enceinte entourant entièrement l’ilot. Les travaux débutèrent en 1579 et durèrent quatre années.

En façade un bastion en demi-lune. Au côté sud l’imposant bastion Mezzaluna Moceniga, construit sur une avancée et destinée à défendre l'île contre les attaques terrestres. Côté nord, un bastion puissant en demi-lune pour défendre l’entrée du port. En 1585 deux murs en diagonale, pour mieux résister à l’impact des boulets de canon, seront ajoutés. Le premier au sud-ouest, le deuxième au nord-est, face au large.

Spinalonga, aux mains des Turcs

En 1669, Chandax ( Aujourd’hui, Héraklion) tombe aux mains des Turcs. Le 4 octobre 1715, après un siège de trois mois, Spinalonga se rend à son tour. Trois années plus tard, un Traité de Paix est signé entre la Turquie, l’Autriche et Venise. La Turquie abandonne ses conquêtes en Europe centrale et perd des territoires dans les Balkans.

Spinalonga demeure sous le joug de l’occupant, ses habitants sont libres de partir ou d’y demeurer. S'ils restaient, ils devenaient sujets du Sultan mais la liberté religieuse leur était garantie.

A leur tour, les turcs vont renforcer les murs de l’enceinte, agrandir les embrasures. Une population civile musulmane s’installe dans l’ilot auprès des militaires. Des habitations, des magasins, une mosquée rapidement s'y construisent.

L'heure de la liberté

Le 2 novembre 1898, le dernier soldat turc quitte la Crète qui panse ses plaies. Spinalonga est vidée de ses habitants. Un silence oppressant, prémonitoire envahit ses artères.

Spinalonga et les damnés de la Terre.

En 1903, le Gouverneur de la Crète indépendante décide d’y grouper tous les lépreux de la Crète qui les turcs ont placés dans des villages isolés, préalablement vidés de leur habitants.

La mosquée de Spinalonga se transforme en hospice, la tour de garde en centre de désinfection, le bastion Donato en cimetière. Les premiers malades débarquent à Spinalonga en 1904. Dès le rattachement de la Crète à la Grèce en 1913, les lépreux du continent et des îles grecs y seront confinés à leur tour.

L'année de la liberté retrouvée

Une artère en escaliers du fort de Spinalonga En 1948, les scientifiques annoncent la découverte d’un médicament va faire régresser la lèpre. Les déformations, les lésions demeurent mais elles sont stérilisées. Dorénavant, ces exclus, ces humiliés vont être libres, ils pourront quitter la léproserie, la dernière d’Europe qui fermera définitivement en 1957.

Visitant Spinalonga, me promenant parmi les murs de pierres, parmi les anciennes demeures, gravissant des escaliers séculaires, l’humiliation, l’exclusion et la souffrance de ces lépreux, stigmatisés, me submergeaient et me rappelaient toutes les intolérances d'aujourd'hui.

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